lundi 7 avril 2014

I.R.L.A.N.D.E. Voyage 1, épisode 7

7. Et Un, et Deux, et Trois - Zéro!

Nous arrivons à nouveau dans une partie beaucoup plus fréquentée du centre-ville de Dublin, et remontons même une rue piétonne pavée, dont les enseignes colorées sont destinées autant aux promeneurs locaux qu’aux étrangers. Il y a beaucoup de monde ici, des familles avec des poussettes, des bandes de jeunes et plusieurs groupes de musique qui profitent de l’accalmie pour brancher leurs enceintes et jouer sur la rue. On retrouve tout d’abord les inimitables péruviens, qui sont pour ainsi dire dans toutes les rues du monde, mais qui ici font un peu… Déplacés, clairement (el condor pasaaaa). Viennent ensuite des adolescents qui grattouillent leurs instruments, mais ce n’est pas convainquant. 
Il faudra faire une petite centaine de mètres de plus pour avoir un réel attroupement devant un bar. Là, c’est quand même plus structuré, avec guitare, basse et batterie, tout ce qu’il faut pour un vrai morceau de rock à la sauce irlandaise. Nous resterons un peu le temps de prendre l’ambiance et de se sentir bien, dans cette rue aux pavés recouverts de monde, dans un pays qui nous en donne autant pour nos yeux que pour nos oreilles. 

Arrivés au bout de la zone piétonne, nous avons le choix d’entrer dans un parc très, très vert, ou bien de prendre une parallèle pour retourner vers notre appartement, mais aussi vers le Musée Guinness. C’est cette dernière solution que l’on choisit, mais au final nous ne ferons pas cent mètres. Car il aura suffi d’un cinq cent quatre-vingt quinzième pub pour nous faire repenser au fait que non, nous n’avons toujours rien consommé. S’engage alors comme une étrange sélection. On s’assoit à la première terrasse qui vient, et on commence à se détendre les jambes en discutant… Mais pour le coup personne ne viendra, alors que nous n’avons pas toute l’après-midi devant nous. On se dit que le suivant sera le bon, mais c’est trop sombre. Celui d’après est si petit qu’excepté le comptoir, il n’y a pas vraiment de place… Est-ce que l’on va finir par trouver chaussure à notre pied, ou bien est-ce qu’on est trop exigeants ?

Nous entrons dans un bar, sans très honnêtement remarquer  le bandereau « Live Sports » présent au rez-de-chaussée, et descendons immédiatement dans ce qui nous semble être un bien agréable caveau. Il y a du monde, assurément : cent cinquante clients au bas mot, qui assis ou debout accoudés au gigantesque comptoir central, regardent un match de foot sur l’un des neuf ou dix écrans répartis dans la pièce. Ces derniers sont tous de taille respectable, mais n’égalent pas le projecteur qui envoie sur le mur de la scène au fond, l’image du match sur une surface qui fait facilement trois mètres sur deux. C’est à côté que nous trouverons de la place, quatre tabourets hauts et une table à hauteur d’homme.

Enfin ! C’est un plaisir de souffler après tous ces évènements. Marie et Julie se dévouent pour nous chercher des rafraichissements à tous les quatre. Michel et moi attendons patiemment leur retour, l’eau à la bouche. Et finalement, la toute première brune que nous prendrons durant ce périple ne sera pas une Guinness, mais bien une Kilkenny. Un néophyte vous dirait que ça ne change pas grand-chose, mais en Irlande, il se ferait mettre en garde à vue sans avocat. La Kilkenny est plus légère, moins sirupeuse, elle sent plus l’orge que la Guinness. Comme nous avons marché une partie appréciable de l’après-midi, nous avons du mal à ne pas transformer notre première pinte en concours à boire : l’Irlande, c’est aussi le pays de la soif !

Passé le premier moment d’excitation, nous nous intéressons quand même bien à ce qui nous entoure. Déjà, le niveau sonore est assez élevé parce que clairement, la plupart des clients du jour sont des supporters, et que le match doit être à hauteur de leurs attentes. Je regarde d’un œil distrait, jusqu’à ce que mes yeux voient des signaux un peu bizarres dans ce qui passe à l’écran. Et effectivement, à mieux y regarder, ce que je prenais pour du football… Ce n’est pas ça du tout. Mais à ma décharge, ça ne ressemble à rien de connu. Les mecs jouent au pied, puis après quelques dribles prennent le ballon à la main, et le passent comme au rugby. Ensuite, ils essaient de passer le gardien, et soient visent le but, soit marquent un drop : Etrange mix des deux cultures, qui va commencer à nous fasciner. Ce ne sont pas en effet les seules différences. Il y a deux scores pour chaque équipe, et les points n’évoluent pas linéairement… Quant aux règles, pour nous c’est un peu l’anarchie : aux passes en avant du rugby viennent se compléter des placements, un certain nombre de foulées balle au pied… Après un coup d’œil circulaire, la certitude se fait : pour eux, c’est une situation normale !

C’est plaisant à regarder, par contre : le public du bar nous met dans l’ambiance. Il semble qu’ils soient pour l’équipe gagnante alors dès qu’un de leurs attaquants/demi de mêlée passe la moitié de terrain, c’est l’effervescence. N’y tenant plus, je vais interroger nos voisins de table et leur demander comment interpréter cette anarchie sportive, si tant est qu’il y ait une logique. Ce n’est qu’alors que nous allons être initiés au Gaelic Football (Chaotic Football devait être réservé). Les drops sont comptabilisés pour un point sur un score à part, et les buts pour trois points sur leur propre tableau. Il y a des règles de hors-jeu, et, euh, j’avoue que l’Irlandais que j’ai interrogé était très sympathique, qu’il a tenté de m’enseigner une bonne partie des ficelles pour comprendre le Gaelic Football… 
Mais qu’avec le brouhaha ambiant, son accent, et le fait que la moitié des termes  techniques m’étaient inconnus, je n’ai retenu que l’essentiel : c’est un match de ligue majeure, qui oppose les comtés de Donegal et de Dublin. Inutile de préciser aussi que ce n’est joué qu’en Irlande, je ne vois pas les commentateurs du monde entier essayer de comprendre ce genre de règles, il faut être ici pour les assimiler (et si possible avec plusieurs pintes). Ca a l’air physique tout du moins, lorsqu’on voit la carrure des joueurs, équilibrée entre le joueur de foot élancé et racé et le rugbyman massif taillé pour la charge en puissance. Les échanges sur le terrain, sont d’ailleurs… Virils.  

Nous finissons par partir alors que le match n’est pas terminé (encore, si on avait su combien il y avait de mi-temps…), mais c’est pour la bonne cause : l’heure tourne, et si nous ne voulons pas visiter le Musée Guinness en courant, il faut partir. Confiant dans ma lecture de la carte touristique, je trouve un raccourci (et il nous fait vraiment gagner du temps, j’en suis surpris moi-même), qui nous fait passer d’ailleurs devant un marché couvert absolument superbe, tout en briques oranges, et donc le toit vitré strié de poutres métalliques laisse passer la lumière jusqu’aux étals colorés.

Puisque nous passons devant notre appartement quoi qu’il arrive, autant déposer quelques affaires pour aller au musée avec le strict nécessaire. On ne s’embêtera donc pas d’un sac à dos, même si avec Julie, la décision ne fait pas consensus (je n’aime pas laisser des affaires de valeur dans une chambre d’hôtel).

Toutefois, nous arrivons à rester efficaces : aucun d’entre nous n’ira se perdre sur le fauteuil-dont-on-ne-se-relève-pas, ni d’ailleurs sur le trône-dont-la-chasse-ne-se-termine-jamais.  Un miracle de logistique, nous connaissant ! Pour changer (et ça restera récurent pour tout le voyage), nous irons à pied : encore une belle occasion de prendre la mesure de la capitale, la vraie, par ses artères plus populaires que le centre-ville taille pour la fête. Ici, c’est le royaume des petites boutiques, des quincailleries et des supérettes (on ne compte plus les Spar). Une église monumentale érigée toute en briques jaunes de l’époque industrielle nous fait de l’œil, mais c’est une religion de malt et de houblon qui nous attend un peu plus loin, alors désolé Jésus, mais nous avons nos priorités…

Enfin, nous entrons dans ce qu’il convient d’appeler les contreforts de l’usine. Tous les bâtiments alentours crient la révolution industrielle et le début du vingtième siècle. C’est rouge, carré, renforcé d’acier apparent aux gros rivets, et ça n’a pas peur de s’élever haut vers le ciel. Les rues sont pavées une fois encore, mais c’est un quartier ancien, avec une chaussée bombée en son centre, qui ferait croire, à un détour, qu’un attelage va passer avec son cocher… Parce que c’est le cas, en fait. On n’est pas les seuls à y voir une tribune historique, et des calèches sont disponibles pour amener les touristes jusqu’à l’entrée du Musée Guinness, laquelle se trouve loin dans ce dédale de grands pans d’usine reliés par des conduites sous pression, des tours de récupération de gaz… Heureusement c’est bien fléché, par des panneaux qui occupent parfois toute une façade.


Et soudain nous y sommes, à l’entrée de ce temple, de ce refuge, de cette cathédrale de la bière brune. Chacun d’entre nous avait ses attentes sur ce lieu mythique de la production d’une des bières les plus connues au monde. Nous voulions être surpris, gâtés, goûter, sentir, flâner, comprendre. Ce que nous ne savions pas encore, c’est que tous ces espoirs allaient être comblés, et plutôt cent fois qu’une…

samedi 5 avril 2014

I.R.L.A.N.D.E. Voyage 1, épisode 6

6. Oh, des souvenirs!

En suivant le boulevard de l’université, nous arrivons aux abords de Temple Bar, quartier emblématique de Dublin, contenant la plus grande partie des alcooliques et des touristes de la ville dès la nuit tombée. On l’aura compris, nous reviendrons le soir venu, car pour l’instant les pubs, fussent-ils à quatre étages (Julie nous en parle depuis un certain temps) ne sont pas beaucoup animés le dimanche un peu après 16 heures. Nous traversons donc le pont sur le fleuve (dont je n’ai pas retenu le nom), imposant et au fort débit (le fleuve, pas le pont, essayez de suivre deux minutes). Pourtant, nous n’avons d’yeux que sur la berge d’en face. Déjà parce que sur les voies suivant le cours d’eau, les façades sont colorées au possible, et que le soleil venu profiter d’une trouée les éclaire avec une belle lumière. Ensuite parce que là-bas, en suivant cette grande avenue, se dresse The Spire.

Pour fêter l’an 2000, l’Irlande s’est dotée de la plus haute sculpture d’Europe (continentale comprise, n’est-ce pas messieurs les concepteurs de GPS). Cent vingt mètres d’aluminium, en forme d’une seule pointe d’aiguille pointée vers le ciel, et très légèrement inclinée. C’est monumental, même si à regarder la pointe, il y a une notion de légèreté impressionnante : on se demande comment une si petite structure peut monter aussi haut. Naturellement passé le pont, on a l’impression d’être juste à côté et puis en fait pas du tout…

En s’en rapprochant, nous enlevons nos coupe-vent, il fait beau à nouveau. Nous avons vite compris que dans ce pays, il faudrait qu’on soit rodé au geste de pliage-dépliage : dans certaines régions, c’est une question de minutes entre un soleil qui tape dur et une pluie venteuse et froide. Après avoir admiré les briques d’époque et les gravures de bronze qui décorent l’ancienne poste, nous nous approchons de la fameuse sculpture. 
The Spire, c’est vite ennuyeux d’un point de vue photographique. De loin, c’est sur un boulevard touristique, il y a donc systématiquement un bus (voire un bus à impériale) capable de vous gâcher le cliché… Et puis de près bien sûr, même en grand angle pas moyen de rentrer la flèche toute entière dans le cadre. Il nous faudra bien quelques minutes pour trouver la bonne approche, et quelques autres pour profiter du feu vert et aller jusqu’au pied de la structure. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas vraiment au pied que l’on peut le mieux profiter de cette sculpture du millénium : d’en bas, cela ressemble juste à un cylindre d’aluminium poli de trois mètres de diamètre. Il faut vraiment se décrocher le cou alors pour en apprécier la hauteur.

L’avenue en question, qui fait deux fois deux voies avec The Spire au centre sur un terre-plein qui se prolonge sur des kilomètres, n’est autre que les Champs Elysées locaux. Les boutiques de luxe se battent le mètre de pavé sous de hautes façades de la fin du 19ième siècle. Ce n’est pas vraiment Haussmannien, mais presque… Nous remontons la route sur quelques centaines de mètres, profitant de l’animation de Dublin un dimanche après-midi. Il y a beaucoup de monde sur les trottoirs, dans les bus cabriolets et bariolés dans lesquels s’entassent les touristes au premiers rayons de soleil, mais aussi dans les boutiques. De vêtements, de chaussures, dans les Mc Donald (après tout, s’il y a Mac devant, c’est que c’est Irlandais, non ?), et dans les magasins de souvenirs. Enseignes que d’ailleurs nous nous efforçons de snober : ce n’est pas vraiment notre genre de ramener la parfaite panoplie de l’objet kitch, qu’il s’agisse d’une boule à neige, d’une cuillère avec des armoiries ou d’un porte-clés avec notre nom dessus.

Oui, enfin, quand même. On voit bien qu’il s’agit d’une chaîne de magasins de souvenirs, qu’ils sont très organisés, méthodiques. Et par malheur, nous nous apercevons également qu’eux sont malins lorsqu’il s’agit de marketing. Qu’ils ont réalisé que les porte-clés, ça ne nous intéressait pas… Mais qu’une pinte estampillée Guinness, oui. Et ça, ça change tout. Revenus presque à hauteur de The Spire, nous craquons d’une envie commune et entrons donc dans ce que nous pensons être le pire des attrape touristes. Flute alors, on se laisse complètement submerger par l’émotion.

Comprenant que le visiteur est un alcoolique en puissance, tout est fait ici pour le mettre dans les meilleures dispositions. Guinness, qui est LA marque emblématique de la ville (que dis-je, de toute l’Ile !) a bien joué son coup. Des tasses, des pintes, des pulls, des polos, des chemises, des bérets, des cannes de marche, tout est disponible à l’effigie de la bière sombre. C’est un festival de la marque, déclinée en plus dans des sous-produits : du chocolat, du thé, des biscuits, des préservatifs… Et si cela ne suffisait pas, il y en a aussi avec Irish Whiskey dessus. Plusieurs allées (oui en fait, si la devanture fait croire à une boutique de 25m², derrière ça fait la longueur d’un terrain de football) sont consacrées aux habits, et là encore un soin tout particulier est à noter dans l’offre. Nous sommes irrémédiablement attirés. Et ce ne sont pas juste les motifs, c’est assez bien taillé, la qualité est là.

Je crois qu’à ce stade il faut remercier nos femmes. Elles, qui ont gardé les yeux grand ouverts alors que Michel et moi, portés par une envolée lyrique, étions prêts à acheter une panoplie complète, bérets en tweed, gilet Guinness doublé en mouton véritable et caleçons « I’ll show you Ireland »… Au contraire, elles sauront nous canaliser vers des objets tout aussi mythiques que nous n’aurons pas honte de porter et montrer lorsque nous serons revenus (et puis il faut penser à nos valises qui sont déjà presque pleines sans compter le futur whisky). Je repartirais avec un polo, Michel un T-shirt, Marie un sac « mouton » et Julie avec le second Mug Guinness, afin que nous puissions passer nos petits déjeuners à penser à la bière épaisse et noire juste après nos tartines. Mmmh….

Lorsque nous sortons enfin, nous sommes pris de remords. Ca ne fait que quelques heures que nous déambulons sur place, et nous avons déjà acheté tous nos souvenirs ? On serait pas un peu débiles des fois (c’est pas le débat, mais il est toujours utile de se poser la question de temps en temps) ? Bon voilà, on se promet que ça ne se reproduira pas, que nous devons rester vigilants, rester en groupe… Et puis, à compter du lendemain, nous serons dans le reste du pays, hein ! Si ça se trouve, ils ne sont même pas civilisés là-bas, à se chauffer au coin du feu avec des briques de tourbe et pêcher le saumon toute la journée avant d’aller au pub. On aura sans doute pas l’occasion d’en acheter ailleurs, des souvenirs, donc on a bien fait d’en profiter (débiles, peut-être pas, mais naïfs je crois qu’on peut signer).

Nous quittons la grande avenue pour nous engager dans une perpendiculaire tout aussi commerçante, mais avec des enseignes qui tirent moins dans le luxe. Tout de suite, on sent les échoppes plus populaires. Deux cent mètres plus loin, on est carrément hors de vue des touristes à la ronde. Nous passons d’ailleurs sous un pont à quatre voies, qui abrite de l’autre côté de l’asphalte, des pubs loin d’être décorés, à l’allure louche et aux vitres fumées : changement d’ambiance à l’horizon ! Tous les quatre, nous hésitons sur la route à suivre… Mais nous avons encore des jambes, la femme enceinte n’est pas fatiguée, aussi nous descendons le long du fleuve sur plusieurs centaines de mètres. A présent, nous sommes dans un quartier qui assume une modernité architecturale liée à l’essor économique de l’Irlande d’avant la crise : de belles tours de verre, de grands hangars sur les quais transformés en lofts et en bureaux d’architectes en tout-ouvert…

L’alternance de l’ancien avec les poutres aux rivets apparents, et du neuf avec les briques et le verre fumé donnent un style très agréable à regarder. Le quartier doit pulluler de travailleurs en semaine, même s’il est désert (on est dimanche). Au loin se dresse le Convention Center, ou Julie a déjà présenté ses travaux, sorte de cylindre en plan incliné vers le fleuve, à la façade transparente posée sur des fondations de pierre blanche. Mais nous n’irons pas jusque là-bas, malgré la présence d’une frégate d’époque, avec ses trois mats faisant contraste sur la modernité alentours. A la place, nous traversons un pont piétonnier moderne, à l’image technologique du quartier que nous quittons.

C’est l’occasion pour faire des panoramas, faire quelques clichés à quatre entre deux petites averses, mais aussi de regarder le plan pour convenir de la suite. A l’unanimité, nous en avons pas mal dans les jambes pour un premier jour (il ne faut pas oublier que même si nous avons dormi sur le chemin, on a quand même fait 2000 bornes), et il faut en garder pour quelques incontournables que nous voulons encore visiter. On décide du coup d’aller flâner quelques temps dans le quartier de l’université, et pourquoi pas de boire un coup. C’est l’occasion, lors de la suite de cette balade, de passer dans des zones d’habitations différentes du reste du centre. Des maisons basses, en brique rouge façon Angleterre, chacune avec son petit jardinet. On s’y verrait plutôt bien, d’autant que le reste de la ville est tout spécialement accueillant.

Il y a aussi notre enseigne préférée de la ville. Pour couper vers une artère commerçante, nous prenons par un axe à priori peu touristique. Un grand hôtel y a élu résidence, mais ce n’est pas ce dernier qui va attirer nos attentions, ni nos esprits pervers. Au contraire, c’est bel et bien le magasin « Multi-Bite », notre propre icone du quartier qui se dresse fièrement sur le boulevard. C’est fermé comme nous sommes un dimanche, aussi nous ne saurons jamais ce qu’ils vendent chez "Multi Bite".


Mais bizarrement, nous avons une petite idée. 

mercredi 2 avril 2014

I.R.L.A.N.D.E. Voyage 1, épisode 5

5. Avec des Frites

Assis presque seuls dans ce restaurant, nous nous émerveillons devant un menu local, car nous sommes encore dans cette fameuse phase connue de tous les touristes du monde, celle ou le pays d’accueil semble si exotique, si extraordinaire que nous devons l’analyser sous toutes ses coutures. Pour nous c’est aussi le moment de souffler après plusieurs heures de déplacements non-stop, de petits stress qui viennent se cumuler, d’interrogations fondamentales (qui a osé programmer un GPS comme ça et le tendre à son chef en disant « oui, oui c’est bon ça marche nickel » ?). Même si l’on sert des alcools ici, nous décidons d’un commun accord (et avec une volonté incroyable) d’attendre plus tard pour entamer la longue liste des bières et autres sucreries fermentées locales : nous sommes à jeun, et les estomacs grondent.

Il n’y a pas grand monde à cette heure, aussi nous pouvons rapidement commander et le service sera preste. Marie, qui est un peu plus faible que nous autres en anglais, s’en tire haut la main en désignant son plat du doigt sur le menu… Autour de nous, les murs blancs du restaurant étrennent quelques toiles, laissant de grands espaces nus pour mettre en valeur le mur opposé à l’entrée. Couvert d’alcôves remplies de bouteilles vides de toutes couleurs et formes, ce dernier fait tout à la fois office de décoration et de source de lumière pour les tables éloignées. Nous, nous sommes installés proches du coin de rue, capables de voir derrière nous l’avenue passante et ses touristes qui se rendent à la cathédrale ou descendent vers le fleuve. Les stores laissent entrer la lumière et cachent le mauvais temps qui s’annonce : peu importe, nous sommes venus équipés ! Et puis, c’est le bord de mer, cela peut toujours s’améliorer, non ?

Voilà la serveuse revenir avec nos plats, que nous prenons à peine le temps de photographier (oui, c’est quand même le premier menu local, même si on ne va pas le poster sur Instagram, ne vas pas croire). Michel et moi avons des hamburgers, qui sont généreux. Julie a opté pour une tartine de saumon, et Marie des lasagnes (pas très local, les lasagnes, mais passons). Tous les plats étant généreusement accompagnés de grands bols de frites épaisses, brûlantes, faites maison.

C’est l’occasion rêvée de rappeler en ces lignes que la pomme de terre est bel et bien le produit national, loin devant l’herbe verte, la Guinness ou le Triple Distilled Whisky : c’est la patate. Et donc, par extension, la frite. Pour nous ce midi, ce sera donc un BLT avec des frites, un hamburger de bœuf avec des frites, des lasagnes… avec leurs frites. Oui oui, même les lasagnes. C’est d’une audace gustative qui dépasse notre imagination sur le moment (ou comment mixer les plats lourds : j’envisage le concept choucroute-purée lorsque nous serons revenus). Mais bon affamés comme nous sommes, inutile de préciser que les frites sont les bienvenues.

La cuisine est simple, mais gouteuse. Ce serait passé encore mieux avec une décoction de malt-houblon fermentée (oui bon, une bière quoi), mais ce sera pour plus tard. Volonté, vous dis-je. Sans pour autant se presser, nous décidons de remettre les desserts à plus tard (il n’y a guère qu’en France et dans les pays de l’Est que nous avons la tradition des pâtisseries) pour se concentrer sur notre visite de la ville. A l’aide d’un plan touristique, j’établis un petit parcours pour éviter qu’on se retrouve trois fois dans les mêmes avenues. Grâce à l’Euro, nous savons que nous avons mangé pour une somme raisonnable en partant…

Nous remontons donc l’une des artères principales de la vieille ville pour arriver devant la mairie de Dublin. Ici, les pubs sont de plus en plus nombreux, affichent des programmes ambitieux et des festivités tous les soirs (bref le cliché irlandais dans toute sa beauté). Il y a aussi pour nous des différences, habitués que nous sommes des grandes zones commerciales. Une multitude de supérettes Spar et 7/11 sont ouvertes, dont les couleurs vives égaient un peu la pierre sombre des maisons de Dublin. L’architecture globale date des années 20-30, donnant dans le massif et durable : a priori cela ne produit pas un centre-ville bourré de joie de vivre… Mais les bars fleuris au possible, les restaurants et les fanions tendus au-dessus des rues ravivent suffisamment la flamme.

Nous arrivons à la mairie, et trouvons en quelques secondes l’occasion de faire les idiots (le contraire aurait été étonnant) en utilisant les minuscules guérites de style « garde nationale », qui sont pour l’heure dépourvues desdits soldats. On s’y masse à quatre, laissons un autre français nous prendre en photo… Bref on joue les touristes parfaits. La mairie est accolée au château de Dublin, bâtiment qui est presque une expérience en soi... Nous ne visiterons pas l’intérieur, mais les espaces sont publics et c’est une bonne occasion de flâner dans ce quartier intéressant. Dans la première cour que l’on rejoint par un porche, on retrouve des façades ouvragées du 18è siècle et de grandes et hautes fenêtres. Deux grandes horloges en vis-à-vis ornent les frontaux des plus longs bâtiments. Et au centre de cet espace pavé, une exposition des plus temporaires (surtout avec cette météo) : de grandes sculptures de sables.

L’ouvrage mérite d’être mentionné, parce qu’il doit représenter un beau nombre d’heures de travail. Pourtant sur cette place imposante, ces montages de sable jaune font un peu déplacé, c’en est presque dommage. Nous quittons ce grand espace par une autre façade, qui donne sur une rue en dévers bordant la chapelle du château. Cette dernière est en adéquation totale avec la première partie de la construction. Avec ses accents gothiques et ses nombreuses flèches taillées dans la pierre gris sombre du cru, le contraste avec le marbre blanc est brutal, sans parler de l’époque de construction. Pas désagréable, mais surprenant. Michel et moi tentons de capturer une perspective des sculptures avec nos réflex, sans toutefois y passer trop de temps. Ce n’est qu’en continuant notre tour du château que nous constatons que le reste de l’architecture du lieu confine au patchwork de styles et d’âges.

C’est comme un condensé, comme si la ville avait voulu réunir toutes les époques en un seul lieu. Un donjon rond crénelé s’élève haut, bordé par des façades de crépis coloré. Une extension austère aux fenêtres barrées laisse place quelques mètres plus loin à de hauts murs peints en jaune et rouge. Enfin, après un pont de pierre qui traverse l’une des rues adjacentes, c’est un bâtiment de verre aux tons bleu vifs et aux angles aigus qui vient compléter le tableau. Tout s’enchaîne mais rien ne se ressemble, et c’est ce qui fait la particularité du lieu. Nous finissons notre tour dans un petit parc rond, à la pelouse immaculée d’un vert presque fluorescent. Quelques mouettes viennent faire peur aux enfants et poser pour les touristes (nous résisterons jusqu’au bout). Nos réactions sont un peu mitigées vis-à-vis du lieu en général. L’objectif étant sans doute de faire réagir, c’est pleinement réussi. Pourtant, nous restons dubitatifs pour ce qui est de considérer ça comme un bel ouvrage. Peut-être que pour nous qui sommes habitués à de longues avenues, à des châteaux en pierre ou tout simplement à des styles un peu plus affirmés, c’est un peu « too much ». Mais enfin c’est quand même très intéressant, et cela nous pousse à continuer la découverte de la capitale Irlandaise.

Julie, qui est la seule d’entre nous à avoir déjà été sur place, a largement contribué à notre tour de la cité, puisque nous ne savons pas à priori quels écueils éviter. Notre prochaine étape sera donc l’université de la ville, laquelle a comme toutes les institutions anglo-saxonnes une vieille histoire derrière elle. En y allant, nous tombons comme sur un avant-goût du musée Guinness : l’un des pubs quasi-dédié à ce breuvage est couvert de publicités à l’effigie du Toucan. Devant la grande porte d’entrée de l’université, une foule de touristes se presse, renforcée par les bus de « city touring » garés au chausse-pied devant les espaces verts bordant les énormes montants de chêne. En effet, les lieux sont des incontournables, nous apprend Julie. Comme on est en aout en effet, je doute que les gens qui nous entourent soient des étudiants, tout spécialement les asiatiques et leurs coupe-vent violets ou jaune Pikachu.

Hors du flux de circulation, dans cette enclave de vieux bâtiments de trois étages, nous profitons du calme en flânant sur les pavés inégaux. Le clocher de l’université, qui fait aussi office d’arc de triomphe, est au centre de cette disposition très géométrique. Nous l’admirons de tous les côtés, puisque nous marchons en suivant les espaces verts (en Irlande, l’expression prend tout son sens). Un gigantesque marronnier rayonne et projette son ombre sur les grandes arches vitrées des salles de cours et les bureaux des professeurs.

La véritable attraction (même si nous étions très bien, nous, à faire notre petit tour tout seuls) c’est la bibliothèque de l’université. Payante, interdite aux photographies (!) elle est célèbre pour ses trois étages de bois, et son espace central qui laisse passer un puits de lumière autour des rangées de tomes centenaires, ses rambardes de marbre conservant sans doute la mémoire dizaines de générations d’étudiants penchés sur des pages obscures. Mais bon tout cela, il faudra le regarder sur Internet, n’est-ce-pas. Eh… Oui. Il ne fait pas beau, en fait il pleut un crachin léger depuis une dizaine de minutes. Et le touriste de base en Irlande, que fait-il quand il pleut ? En plein dans le mille : il va à la bibliothèque ! Bon j’ai oublié de vous parler d’un « détail » qui attire en fait ici des dizaines de milliers de visiteurs par an. Ladite bibliothèque abrite plusieurs ouvrages séculaires, mais aussi le fameux Book Of Kells, livre enluminé datant de plus d’un millénaire, traitant… Eh bien du nouveau testament (quelle surprise… Quoique, il était plus nouveau à l’époque que maintenant !).


Donc pour faire court, il pleut sur le Trinity College, et nous ne pouvons pas nous abriter parce qu’une grosse centaine d’abrutis (beaucoup nous ressemblent) font la queue jusqu’à fort loin des portes de la bibliothèque. Comme nous décidons que le bouquin en question ne mérite pas une heure et demie d’attente (je vous l’ai dit, qu’on n’avait pas encore eu de bière ?), nous décidons de mettre nos habits de pluie et de quitter le centre historique pour le nouveau cœur de la Ville. D’ailleurs, on la voit depuis le parvis de la Fac de Littérature, notre prochaine étape : The Spire, dressée comme pour piquer le soleil.

lundi 31 mars 2014

I.R.L.A.N.D.E. Voyage 1, épisode 4

Episode 4: Tiens, voilà Dublin

Les premières minutes de conduite en Irlande sont assez folkloriques. Déjà parce que nous sommes à deux doigts de retourner à l’agence pour leur balancer leur GPS à la figure. On finit par comprendre (après quand même un arrêt dans une zone résidentielle au bout d’une impasse…) que l’appareil peut fonctionner sur batterie, ou bien avec son câble d’alimentation. Pas les deux, attention, tu le débranche pendant qu’il fonctionne, pouf, t’es perdu, c’est direct. Comme on le fait se rallumer et s’éteindre une bonne dizaine de fois, il finit par ne plus savoir exactement où nous sommes… à peu près comme nous.

On joue le coup de poker : ça va tenir, il va nous montrer le chemin, il suffit de ne pas (trop) y toucher. Nous arrivons ensuite sur une avenue à plusieurs voies qui va nous mener directement dans Dublin sans passer par le périphérique. Il y a pas mal de circulation, et je dois souvent changer de vitesse (quand je n’essaie pas de les passer dans la porte avec ma main droite), du coup je demande l’aide de Michel lorsqu’il s’agit de mettre la clim ou de changer le CD, voire rebrancher le GPS qui s’est ré-éteint, capricieuse électronique. Et là, il y aura quelques moments de gêne, pour lesquels je tends la main en cherchant le levier de vitesse, et rencontre celle de Michel. Un contact doux, que nous tentons tous les deux de contourner sans y parvenir. Les filles, qui filmaient, repèrent l’instant de grâce, qui sera plus tard rebaptisé « le moment gay ». On s’en doute, dire que l’on cherchait le levier de vitesse, avec les esprits mal tournés qui hantent le véhicule, n’arrange rien à la situation.

Curieusement, on a beau être en banlieue  un dimanche du mois d’aout, il y a de l’ambiance. Déjà dans notre 4*4 (nous avons repéré un camion Guinness, c’est l’euphorie totale), mais aussi dans les rues qui bordent ce long axe Nord-Sud, bordé de maisons à un ou deux étages en brique rouge, un peu austères si les rues n’étaient pas enguirlandées de fanions de toutes les couleurs. On finit par comprendre que nous sommes sans doute aux alentours d’un stade, par la présence de nombreux supporters de Donegal (les maillots sont mystérieux, et compte tenu qu’aucun de nous quatre ne suit de sport d’équipe, ils le resteront un moment). Notre compilation spéciale Irlande nous fait passer le temps entre les feux, et bientôt Michel et moi reprenons en cœur notre « Djangoooo », refrain favori depuis si peu de temps remplacé par Bushmills.

Lorsque l’on rentre dans le centre-ville, la circulation devient plus dense, et les arrêts nous montrent le Dublin de tous les jours, celui qui n’est pas réservé aux touristes et businessmen. Les épiceries et les pubs font beaucoup penser à Edimbourg, autant que certains bâtiments sombres et défraîchis de la fin de la grande révolution industrielle. Pour autant, les gens ont l’air un peu plus accueillants que leurs cousins aux kilts, et les enseignes sont un peu plus colorées. Nous finissons par arriver à notre premier hôtel, à deux pas des quartiers historiques. On le voit de loin, arrêtés à un feu rouge, et puis… Et puis rien en fait, il y a environ zéro places pour se garer, et les rues autour ont été conçues selon un intéressant concept de sens uniques minuscules (dont nous ne sortirons pas deux fois au même endroit). 

Deux fois nous faisons le tour du pâté de maison, car après s’être résolus à marcher sur quelques centaines de mètres, il faut encore que l’on soit rassurés par le voisinage. On a beau être près du centre, quelques ruelles ont une ambiance un peu coupe-gorge. En rappelant que la règle numéro un, ce n’est pas notre sécurité mais la caution du Quashqaï, il convient de faire attention. On réussit finalement un créneau à droite pas trop dégueulasse (j’ai failli me cogner dans la porte en voulant regarder l’angle mort), et nous laissons les bagages dans le coffre pour aller s’enregistrer.

Je laisse Julie se charger du discours, mais finit par me rapprocher à sa demande : le type ne mâche pas ses mots, il les chique. Pour ne pas passer pour des idiots devant nos amis, on hoche vigoureusement la tête, on prend nos clefs et on se déplace un peu plus loin pour faire le topo sur ce que nous avons compris. Déjà, on peut se garer sur le trottoir pour décharger les valises : l’anarchie temporelle est autorisée. Ensuite, il y a un parking sous-terrain « juste à côté » qui appartient aussi aux CityHotels Appartements. Parce que oui, pour notre première nuit Irlandaise, nous avons choisi de louer un petit deux pièces, rien que ça.

Je ne sais pas comment, mais dans mon esprit j’avais je ne sais comment, imaginé un penthouse de luxe dans un loft, peut-être aménagé dans un ancien dock. Bon, on voit vite que ce n’est pas moi qui ait fait la réservation, parce que si c’était peu cher, il y avait forcément une raison. Nous sommes au premier étage, après un corridor tapissé d’une profonde moquette bleue. Et ma première impression, c’est que notre penthouse tenait tout entier dans le salon de notre appartement à Colmar (lui non plus n’étant pas démesuré). Ce n’est pas non plus de première fraicheur, mais en y regardant de près, c’est propre et nous avons largement de la place pour quatre, puisqu’on n’y passe qu’une nuit. A gauche de l’entrée, c’est la salle de bain, un peu à la mode anglaise (comprenez : uniformément rose) avec son inévitable système de douche électronique, sa baignoire carrelée et ses toilettes, presque perpétuellement en train de se remplir car le réservoir tient un peu du goutte à goutte. A angle droit, c’est la chambre que je partage avec Julie, puis celle de Marie et Michel, qui fait face à une kitchenette assez bien équipée. Le couloir se termine sur le salon, qui dispose d’une baie vitrée avec vue sur les édifices historiques. 

Ce qui nous intéresse le plus par contre, c’est toujours cette ambiance bien britannique, avec un très profond canapé et un fauteuil en cuir dont on ne se relève tout simplement jamais. C’est bien situé, c’est silencieux aussi (bon un dimanche à midi, j’aurais été surpris mais voilà), pas de mauvaise surprise et les lits sont de bonne facture.

A l’envie de piquer une sieste, nous devons répliquer en cherchant les bagages : je pars avec Michel tandis que les filles vont demander draps et couettes qui font défaut pour l’instant. Nous retrouvons la voiture intacte, et partons nous garer comme des sacs devant l’hôtel (on commence à connaître le quartier). Puis nous voulons trouver le garage. Hahaha, ça a l’air facile, dit comme ça. Trouver la rue nous prend… Même pas deux minutes. Par contre une fois sur place, aucun d’entre nous n’a de numéro de maison, donc impossible de savoir quelle entrée de garage (il y en a huit ou neuf) est la bonne. Et puis, en Irlande les autocollants doivent coûter cher ou être interdits : il n’y a rien pour signaler la bonne porte. En se basant du coup sur l’instinct (l’agence est au bout de la rue, ce doit être le plus proche), nous nous approchons, je bredouille un truc inintelligible dans l’interphone, et ça s’ouvre. Mais ce qu’il faut réaliser, c’est qu’on n’est même pas surs d’être au bon endroit, et ça nous fait bien rigoler. Dans ce sous-sol, je vais me garer trois fois, aussi. Une première comme un Kévin au milieu de deux marques, une seconde dans une place ou tout le monde risque d’accrocher la carrosserie en reculant, et une troisième à une place qui me semblait un peu plus en sécurité.

Revenus à notre petit appartement en se bidonnant, nous ne prenons pas le temps de vider les valises. Déjà parce que c’est inutile : on repart demain. Ensuite parce qu’il est 14h30 bien tassées, et que nous n’avons toujours rien mangé. Toujours. Rien. Mangé. C’est intolérable.

Pour autant, on prend toutes les affaires pour visiter le centre-ville dès le repas terminé pour ne pas perdre de temps. Quitte à faire les réglages en cinq minutes, c’est donc la fête aux appareils photos, au sacs à dos remplis de coupe-vent (oui, mine de rien, ça s’est couvert comme prévu), et à tout ce qu’il n’est pas nécessaire de laisser à l’autel (et qui est-ce qui porte le sac, hein, je vous laisse deviner). Nous y voilà, Dublin s’offre à nous.


Dans un premier temps, on traverse simplement l’avenue pour se rapprocher de la cathédrale. L’ouvrage en pierre claire est splendide, avec force sculptures, un passage au-dessus de la route et un clocher qui doit dominer toute la vieille ville. C’est peut-être visitable ? Et pan ! Il suffit de poser la question pour apercevoir la file de dizaine de touristes qui attendent leur tour depuis l’extérieur. N’étant ni fervents catholiques (Irlande = catholiques, Angleterre = protestants, souvenez-vous) ni adeptes de payer pour visiter un lieu de culte, nous passons notre chemin, non sans avoir utilisé l’endroit pour calibrer nos appareils. Et au final nous n’allons pas bien loin : nos estomacs se rappellent tant à nous que nous cédons à la tentation du premier restaurant venu, en l’occurrence un « bistrot » qui sert du local dans un cadre un peu moderne. On s’assoit, on prend les menus, on pose nos affaires… Et enfin, on souffle un peu. Clairement, tout est en train de se passer à cent à l’heure. Il est bon de ralentir, de se regarder dans les yeux et de se dire : 

ça y est, nous y sommes enfin !

jeudi 27 mars 2014

I.R.L.A.N.D.E. Voyage 1, épisode 3

3 : « Global » Positionning Satellite

Aucun d’entre nous ne savait qu’Aer Lingus était une compagnie Low Cost, mais la façon de procéder à l’embarquement est typique… Michel et moi sommes dans une file, Julie et Marie dans l’autre (allez savoir, l’instinct de compétition, ça ne se renie pas comme ça). Malheureusement il a fallu qu’une dame perde du temps à faire défiler ses cinq marmots devant celui qui vérifiait les passeports pour que les filles nous dépassent de loin. Elles sont restées là, de l’autre côté du comptoir, à nous faire des grimaces comme des gamines, avant de s’en aller vers l’embarquement. Nous, passé la minute dans laquelle nous avons bouillonné de rage et souhaité des touchers rectaux à tous les autres touristes, nous acceptions plutôt bien la situation.

Les hôtesses aussi, étaient malheureusement un peu low cost, diront les hormones mâles. Mais une fois encore, pas vraiment de sujet pour se plaindre dans ce saut Amsterdam – Dublin. Nous sommes sur une seule rangée, Moi, Julie et Marie, tandis que Michel est de l’autre côté du couloir… Cela aurait pu être gênant pour lui s’il n’avait pas décidé de roupiller tout du long (je crois qu’il dormait déjà au roulage). Je profite du voyage pour feuilleter nos différents guides sur notre destination. En effet, même si je connais bien nos étapes (pas autant que Julie, mais quand même), le reste du pays m’est assez inconnu. Au passage, sur les quelques jours pour lesquels le programme est ouvert, je repère quelques petites perles qui semblent intéressantes. A côté de moi, Marie s’instruit elle aussi. Elle découvrira, quelques minutes avant l’atterrissage que oui, Dublin aussi est à côté de la mer (une véritable épidémie). Avec nos occupations et quelques biscuits (les nôtres, il ne faut pas espérer grand-chose de la part des Lingus), le Boeing est bientôt en approche finale.

Nous avons nos premières vues sur l’Irlande… Ma foi pas plus verte que ça, pour ce qu’on peut en voir par les hublots. Ici par contre, nous avons une bonne vue sur la capitale au cours de notre approche. Notre première étape, une fois que nous aurons franchi tous les obstacles inhérents au voyage… Mais nous prenons les bonnes nouvelles comme elles viennent : nous avons atterri vivants, l’aéroport international de Dublin nous accueille et jusque-là, tout va bien. A la réception des bagages, nous remarquons que les Irlandais tentent de mettre les touristes dans l’ambiance, avec d’ores et déjà les priorités à gauche, les « Look Left » un peu partout pour nous éviter un accident corporel avec un taxi en sortant de l’aéroport… Nos bagages ne sont même pas parmi les derniers (un exploit !) et nous arrivons sur le territoire irlandais comme un peu partout dans le monde : après une vérification ensommeillée d’un fonctionnaire des douanes.

Jusque-là, les étapes s’enchainent si vite… Il est clairement temps de ralentir lorsque nous arrivons aux portes extérieures sans avoir trouvé notre loueur de voiture. Hum. Nous aurons besoin de faire deux fois le tour de la petite zone commerciale pour trouver la bonne agence (heureusement, ce n’est pas Francfort et ses kilomètres de galeries). Il y a un peu d’attente, mais c’est le temps qu’il me faut pour passer en configuration « anglais » et ne pas bredouiller lorsque j’arriverais au guichet. C’est le désavantage de partir avec d’autres français bavards : jusqu’à parler à l’autochtone, on n’est pas vraiment dans le bain. Et puis c’est qu’elle est jolie, cette employée. Elle arbore un joli sourire aguicheur, et m’explique toutes les modalités du contrat de location tandis que je remplis les papiers, parce que je suis le conducteur désigné. Tu parles, avec son ton suave et ses jolies pommettes, j’ai failli rater une information importante, un petit détail qu’elle glisse comme ça dans la conversation : le montant de la franchise. Pour résumer, ça donnait quelque chose du genre « oui je suis jolie blablabla blabla accidents blablabla véhicule de classe supérieure blablabla jolie blablabla 1500 euros sur votre compte ».

Euh. Quoi ?

Oui, pour me tirer mille cinq cent euros, tu as toute mon attention, même s’il n’en fallait pas tant. Je pense d’abord qu’elle me parle d’une nouvelle option d’assurance possible, mais non, pas du tout en fait. C’est bien le montant de la caution pour les grosses voitures. Et nous, on n’a pris que l’assurance rayures et pneu à plat, un classique… Eh bien, ça veut juste dire qu’on fera attention, qu’on la traitera comme un bijou, cette caisse. Parce qu’à la première bosse, c’est mille cinq cent boules qui partent, argent que bon par précaution, ils ont déjà provisionné à partir de mon compte. La vache. Quand je suis parti, elle souriait toujours, mais moi beaucoup moins.

Qu’à cela ne tienne finalement, nous n’avons jamais eu de problèmes auparavant. Nous voici de retour dehors, au grand air Irlandais, à chercher… Eh non, pas notre voiture, mais une navette. Oui parce qu’à Dublin, la sortie de l’aéroport est un peu au format réduit : les agences de location ne fournissent que des bons, et des petites navettes pour amener les clients jusqu’à leur dépôt, à plusieurs kilomètres de là. Notre chauffeur, capable de tenir nos bagages un à chaque bras (c’est un métier…) fait honneur à la sympathie naturelle des Irlandais. Sans avoir un accent trop chiadé, il explique aux six personnes qu’il transporte plusieurs détails importants. Comme par exemple, comment retrouver le dépôt lorsque nous voudrons rendre la voiture, situation compliquée par différents travaux qui ont lieu sur les carrefours du coin. En effet le dépôt n’est pas la porte à côté, mais aucun de nous quatre ne fait très attention à ce que dit le chauffeur, nous avons le GPS du père de Michel, équipé d’une carte Europe… Il nous suffira une fois sur place de mettre un marqueur sur la position de notre départ, ce ne sera pas compliqué.

Une fois à l’agence, c’est un petit peu l’anarchie : les véhicules sont rangés un peu partout, sans vraiment d’ordre apparent entre ceux qui sont rendus et ceux prêts à la location. Un contraste criant avec l’Ecosse, où Julie et moi étions passé dans des rangées de berlines par ordre de taille et de prix, alignées dans un ordre impeccable… Dans le préfabriqué, on nous fournit les clefs, et on nous annonce aussi que nous serons équipés d’un Nissan Quashqai. Euh. Sur le coup, je fais une moue évocatrice, nous avons loué un véhicule de classe Opel Insigna. On en est donc à troquer une berline élancée (Deutsche Qwalität) contre un faux 4x4 japonais. Mais si ça se trouve la voiture est très bien, je crois que c’est toujours l’émotion de m’être fait tirer 1500 euros de caution qui me reste sur l’estomac (et le fait qu’il soit vide, et qu’il est midi, il se fait faim).

Sur le parking, on retrouve vite notre Quashqai, gris métal. Là, tout de suite ça va un peu mieux : j’ai quelque chose de concret sur lequel me concentrer. Mine de rien, on fait un road trip alors la voiture c’est important. Nous allons y passer plusieurs heures chaque jour, autant qu’elle soit confortable et agréable à conduire. Et pour ça, rien à redire… Enfin, presque. Après un tour extérieur de la voiture avec le mec de l’agence, une petite signature et la remise des clefs, je vais pour m’asseoir à ma place de conducteur… à gauche. Sauf que le volant, il est à droite, n’est-ce-pas. A partir de là, nous nous organisons rapidement : les bagages tiennent tous (sac à dos et chaussures de marche compris) dans le coffre bourré jusqu’à la gueule. On s’installe, et je finis de faire les réglages tandis qu’à côté de moi, Michel règle son GPS.

On ne va pas se mentir, lorsqu’il reste muet et concentré tout en rallumant pour la troisième fois l’appareil, je sens que c’est pas gagné. Il faudra presque attendre que moi et les filles soyons tout à fait prêts pour que la nouvelle tombe : le GPS fonctionne, oui. Tout à fait. Il a les cartes Europe, carrément. Avec un détail, quand même. Pour ce matériel à la con, Europe c’est naturellement l’Europe continentale, pas les îles. Du coup pour se repérer, ça va pas être évident. D’habitude, Julie et moi partons sans GPS, mais on prévoit du coup, en s’imprimant quelques cartes et en mémorisant une partie du trajet (j’aime bien, ça fait partie des vacances)… Là, comme on avait prévu l’appareil, je n’ai pas regardé grand-chose. Et puis soyons francs, on a si bien écouté le chauffeur de la navette qu’aucun d’entre nous ne sait vraiment où on peut être. Nous sommes littéralement perdus avant même d’avoir fait un mètre de trajet !

J’avoue serrer un peu les dents : on aurait pu vérifier ça avant de partir (et par on, je pense à eux) ! Bon, aléa du trajet, c’est pour le moment l’unique truc qui ne tourne pas rond aujourd’hui. Nous avons réussi à faire 2300 kilomètres en une matinée, c’est déjà pas mal. Julie et Marie retournent dans le préfabriqué pour leur louer un GPS. Le même que, dix minutes auparavant, j’ai refusé avec un petit sourire condescendant. Hahaha, marrez-vous. Si encore on avait connu la zone d’activité dans laquelle on se trouve, nous serions allé acheter un GPS, ça nous aurait couté moins cher (pareil avec le prix du roaming sur nos téléphones, ce n’était pas rentable).

Bien, cette fois ça y est. On sait où nous sommes, quel chemin il faut prendre pour envoyer Dublin (expression en cours de brevet). On se permet même de mettre une nouvelle compilation gravée sur CD la veille à peine, premier disque de la bonne vingtaine emmenée sur place pour l’occasion. Je sors du loueur, et m’engage sur le grand axe qui passe juste à côté. C’est assez drôle de voir les autres occupants se cacher les yeux : rouler à l’envers, avec le volant «à la mauvaise place » est une expérience assez unique. Pour le conducteur, on s’y fait assez vite (excepté quelques ratés dans les vitesses) parce que comme tout est inversé, on se retrouve du bon côté de la route et que tout est assez logique. Pour les passagers par contre, c’est assez unique. Marie gémit un peu, Julie rit nerveusement et Michel… Michel manipule le GPS.


Qui s’est éteint. 

lundi 24 mars 2014

I.R.L.A.N.D.E. Voyage 1, épisode 2

Episode 2: Big Lens

Autant se l’avouer, je n’ai pas dormi tout de suite. Parce que non, leur nouvelle ne m’a pas laissé indifférent. C’est là tout le fossé, en fait, entre l’annonce « nous cherchons à avoir un enfant » et celle qui a précédé notre départ pour l’Irlande. Non seulement je ne m’y attendais pas, mais ça m’a profondément fait réfléchir. Dans une nuit de cinq heures, ce n’était pourtant pas le moment pour les grands débats. Pas étonnant que je sois un peu grognon au réveil, d’autant que sur le coup je suis jaloux de nos amis, qui sautent le premier repas de la journée pour économiser quarante minutes de sommeil. Pour ma part je ne pouvais pas envisager tout ce qui nous attendait le ventre vide, Julie non plus, aussi nous nous sommes motivés à trois, elle, moi, et notre ami Nutella (au revoir, compagnon, à dans dix jours !). Eh oui, on ne sait pas trop mais à priori chez les Irlandais, ce sera du salé, le matin. Ou de la Guinness, nous avons quelques idées préconçues sur le sujet.
 
Vient l’heure de partir, mais aussi et surtout celle d’errer dans l’appartement, car il reste (c’est une certitude) les six ou sept minutes de marge que l’on avait fixé pour partir à l’heure. Les valises sont regroupées dans l’entrée, mais ça ne nous empêche pas de faire le tour des pièces à la recherche de l’objet manquant et indispensable que l’on aurait forcément oublié. Ou bien, à l’inverse, un questionnement récurrent : ais-je sorti l’éventuel couteau que je conservais dans mon sac à dos ? Ma barbe, qui n’est pas rasée de près, m’enverra-t-elle au toucher rectal avec un douanier ? Et au fait, est-ce que j’ai vérifié pour la huitième fois où est la clef du cadenas, nos billets d’avion, mes papiers d’identité ? Bref, c’est un vide intersidéral, nous sommes réveillés et alertes, ça pense à toute vitesse, et le chronomètre, lui, est encore un peu endormi.

Nous prenons la voiture de Marie et Michel, ne serait-ce que pour s’éviter de trop longues manœuvres dans notre garage (sortir la nôtre, ranger la vôtre, conduire la nôtre, sortir la vôtre, ranger la nôtre). Colmar est assourdissant de calme à cette heure, en plein mois d’aout. Excepté les principaux protagonistes, tout est bon pour le film de zombies : des rues désertes, une bande de copains avec des filles sexy, la nuit noire et un orage qui strie d’éclairs le ciel sombre quand nous prenons la bretelle d’autoroute. Oui, d’ailleurs. L’orage, parlons-en. Nous avions une météo digne du mois d’aout depuis quatre jours, et il aura fallu que précisément la nuit du départ, au moment où nous sommes sur la route, l’orage tombe. Ça n’aurait pas pu attendre, je ne sais pas, vingt minutes de plus. Mais enfin Michel est bon conducteur, s’amuse gaiement de ne pas y voir grand-chose, et profite de ses dernières minutes au volant. A côté de lui en effet, je suis occupé à faire des mouvements fantômes avec mes pieds : d’ici la fin de matinée, c’est moi qui serais au volant, et il sera à droite… Passé Mulhouse, les gouttes cèdent place aux grêlons, et nous devons ralentir car le voyage commence à ressembler à l’accélération du Faucon Millenium, le vaisseau de Han Solo dans Star Wars.

Et puis à l’aéroport, plus rien. Nous avons dépassé le nuage, que l’on voit très clairement flotter, sa masse noire coupant le ciel en deux, étalé plus au nord de l’Alsace. Trouver une place dans le parking de longue durée s’avère plus compliqué de prévu : nous avions oublié, dans notre habitude de partir hors saison, que là c’est le mois d’aout, et que donc il y aurait un peu moins de place. Pour faire court, il y en a pour cinq cent mètres jusqu’à l’entrée du parking (l’occasion de constater qu’avec un salaire Suisse, certaines voitures ne sont pas désagréables à l’œil). Dans le bâtiment, c’est encore l’éveil malgré les premiers vols qui commencent leur ronde. Nous pourrions prendre notre temps, mais c’est toujours beaucoup plus agréable de flâner sans les valises dans la zone internationale, aussi nous nous dirigeons vers un guichet (presque) désert, pour faire enregistrer nos bagages, que l’on reverra dans la capitale irlandaise et pas à Amsterdam, qui nous accueillera pour un petit transit. Au passage, il faut remarquer que pour changer, les guichets électroniques qui ne marchent jamais (Italie : zéro vols sur quatre, quand même !) nous reconnaissent… Même si, comme nous avons des valises, il faut quand même passer par l’enregistrement classique.

En habitués, nous ne passons pas longtemps à la fouille réglementaire à la douane, car tout est empaqueté selon les normes en vigueur… Le temps de remettre nos ceintures, de regarder à quoi ressemble notre sac passé aux rayons X, et c’est le Duty Free. Nous commençons par rêver (c’est une tradition) devant des montres à 5000 euros, avant d’avancer… Nous sommes déjà dans les rayons de l’épicerie, à lorgner les Toblerone d’1kg (aéroport Suisse, ne l’oublions pas), et les bouteilles de whisky. Nous trouvons même du Bushmills, la marque Irlandaise dont nous allons visiter l’usine au cours du voyage (c’est l’une des étapes les plus attendues, avec son propre cri de guerre, comme en témoignent les nombreux « Bushmills ! » qui ponctuent nos emails depuis quelques jours).

Nous attendons l’embarquement dans la même léthargie que tout le monde, avant d’embarquer sans se presser, en se moquant ostensiblement de ceux qui, debout depuis vingt minutes, sont en rang d’oignon pour attendre l’ouverture des portes. Nous, tant qu’on peut avoir une vue sur l’activité fébrile de l’aéroport et son ballet de véhicules… Dehors, il pleut à torrents, et on voit les gouttes s’écraser sur la piste sur les toutes premières lueurs du jour. Notre KLM « Cityhopper » bleu et blanc nous attend, pour plus d’une heure de vol. On y verra, doucement au-dessus de l’Allemagne, le soleil se lever… Du moins lorsqu’on ouvre les yeux, parce que nous sommes plusieurs à penser que maintenant, c’est un moment comme un autre pour rattraper le sommeil perdu. Julie et moi parcourons le magazine de voyage de la compagnie, qui fait différents focus sur plusieurs destinations que nous avons déjà exploité : les souvenirs de nos voyages, nous y sommes intarissables.

Habitués des vols low-cost, nous n’attendions pas de petit déjeuner, et pourtant c’est avec la nourriture sous les yeux que la faim revient… Des sandwichs (ouh-là, une entrée en matière sur la quasi-intégralité de nos déjeuners…) fabriqués en Hollande, avec de la farine de Hollande, un emballage de Hollande, et plein d’explications dans une langue qui fleure bon la Hollande écrite dessus. Ce sera un vol calme, pour lequel nous aurons largement le loisir de regarder l’approche sur Amsterdam (c’est la fête du virage), laquelle, c’est une surprise pour certains, est à côté de la Mer. Moi qui n’y suis jamais allé, je me tords le cou pour voir le centre, mais c’est peine perdue, ou bien je ne suis pas du bon côté de l’avion. Je ne m’attendais pas à autant de canaux, par contre, même si le fait est connu : il y en a jusqu’au cœur de l’aéroport. Nous atterrissons en effet sur une piste connexe, et passons au-dessus de l’eau pour nous rendre aux terminaux. Deux avions sur trois sont peints comme le nôtre, en blanc et bleu ciel, les couleurs de KLM, qui a son siège ici.

Nous ne nous précipitons pas non plus pour sortir : on sent clairement un parfum de vacances ! Au contraire, nous prenons le temps de nous repérer parce que sur place, on a vite fait de marcher vingt minutes dans la mauvaise direction : l’aéroport d’Amsterdam est gigantesque. Au moins on ne s’ennuie pas durant notre marche ! Il y a différentes enseignes en Duty Free, puis des portes aux destinations exotiques (souvent plus de 9-10 heures de vol, quand même). Et puis au bout du chemin, un autre contrôle de douanes. Je passe (c’est une habitude) comme une fleur, en ne me rendant pas compte que pour les autres, c’est un peu plus compliqué.


Julie a dû enlever ses chaussures de marche (je plains les douaniers alentour), mais c’est surtout Michel qui est en pleine séance de déballage de son appareil photo. Visiblement, le fonctionnaire est bien curieux d’examiner l’objectif de 400mm que notre ami a dans son sac à dos, et il fait jouer la coulisse pour vérifier que ce n’est pas une arme (même si ça fait une belle matraque, hein)… Mais c’est surtout l’une des phrases vite cultes de ce début de voyage qui fait son apparition : « Wow you have a big lens »… Le surnom est là, le matériel est posé. Michel est Big Lens (il en est tout enchanté) et le sera une bonne partie du voyage. C’est tellement connoté, un peu idiot, phallique, que ça nous inspire des jeux de mots jusqu’à la porte d’embarquement. 

De là, nous voyons notre Boeing aux couleurs irlandaises d’Aer Lingus, et c’est le nom de la compagnie qui va prendre place dans nos jeux de mots (pour ces derniers, je vous laisse deviner ce qui finit par lingus dans nos esprits malades). 

vendredi 21 mars 2014

I.R.L.A.N.D.E. voyage 1 épisode 1

Ce texte étant une fiction tout à fait fictive, toute ressemblance avec des personnages réels serait purement fortuite. Soyons clairs, au vu du texte, on est presque dans la fantasy…

 Samedi : L’objet mystère

Lorsqu’ils sont arrivés chez nous à la veille du départ, on savait que l’aventure commençait en fait là, et non au lendemain dans l’avion. Ils étaient venus plus tôt que prévu, après un échange de messages excités de part et d’autre : chacun chez soi avec les valises prêtes, nous tournions en rond sans avoir rien à ajouter. Ensemble au moins, nous pouvions discuter du mois passé. On n’avait alors plus vu Michel et Marie depuis plusieurs semaines, à l’occasion de leur anniversaire de mariage. Le mois de juillet avait passé entre temps, et tout en prenant un verre (bien trop tôt pour un apéritif, mais qui s’en souciait) nous avons évoqué un juillet mitigé, entre grosses chaleurs et pluies intermittentes.

Dès le premier verre de rosé pamplemousse, la tension qui était montée dans l’après-midi retombe : nos vacances sont effectivement commencées, et cela s’annonce rarement mieux qu’avec un verre bien frais à la main. Michel et moi échangeons rapidement les dernières nouvelles de nos métiers respectifs, car la veille encore il était à son poste… Moi, j’ai déjà une semaine de repos sous le bras, mais je reprendrais plus tôt que lui.

Michel est grand, passant allègrement la barre du mètre quatre-vingt. De nous quatre il est le plus jeune, même si passé le milieu de la vingtaine, tout le monde s’accorde à dire que ce n’est plus une réelle différence. Les cheveux bouclés, il aligne un départ de barbe qui vient mourir aux tempes, le long de ses lunettes aux montures en carbone. Il se plaint depuis quelques temps de prendre du poids (haha, naturellement, passé les 25 ans et le mariage…) mais il était si maigre trois ans plus tôt qu’il lui reste une marge considérable avant qu’un défaut soit clairement visible. DJ émérite, c’est aussi mon principal partenaire dans les jeux en équipes. Michel est lorrain, mais on lui pardonne, car depuis huit ans avec Marie, il a eu le temps de s’améliorer...

L’heure est aux comparaisons des poids de valises. Julie et moi, qui étions partis l’année dernière en Ecosse huit jours avec chacun notre sac à dos, n’aurions jamais dû avoir de difficulté à empiler nos deux affaires dans une seule (grosse) valise. Pourtant, et comme la moitié de nos armoires étaient finalement empilées pour le départ, nous avions passé une heure à faire des compromis. On était particulièrement fiers du résultat, tant en poids qu’en volume : il nous restait, cette fois, une marge significative pour ramener des souvenirs. Et par souvenirs, soyons clairs, on parlait principalement de whisky. Ce n’est que lorsque l’on a observé la valise de nos amis que j’ai pris conscience que Julie avait une fois de plus fait des miracles avec ses propres affaires.

A ce moment-là, nous étions mariés depuis deux ans déjà, qui avaient passé si vite. Julie est petite et vive, sa voix haute prenant souvent un ton plus cassant qu’elle ne l’avait prévu. Ses cheveux bruns cascadent d’habitude dans son dos, mais elle les a coupés court au début de l’été, et peut à peine les attacher au moment du voyage. Le visage ovale, elle cache son intelligence derrière ses sourires qui me laissent désarmé. Organisatrice hors pair, elle finit son Doctorat en Biologie, et comme elle soutiendra en septembre moins d’un mois après notre retour, elle a déjà rendu son gigantesque mémoire. Julie parait frêle, et ne manquera pas de s’en plaindre, mais ma femme est endurante bien au-delà du commun. Elle peut marcher loin, porter son sac sans souci. Nous partageons toutes nos passions, depuis la bonne chère jusqu’aux jeux vidéo.

Et donc c’est le moment de s’inquiéter pour le poids du barda de nos amis : certaines compagnies sont assez strictes sur les 20kilos autorisés dans les soutes, et les balances de l’aéroport peuvent réserver des surprises. Hors, sur notre propre mesure, leur bagage frôle déjà la limite… Par au-dessus. C’est sans doute lié à leur objet mystère, qui doit être plus encombrant et plus lourd que le nôtre. Quelques jours avant le départ, nous en avons fait un jeu agréable : chaque couple devait ramener un objet inattendu, dont les autres devraient deviner la teneur. Et Julie et moi, en ayant proposé l’épreuve, avions évidemment un bel atout : une caméra GoPro tout terrain, avec un boitier de protection et une fixation de tête. Je l’avais emprunté à mon travail, juste avant de partir en vacances, et compte tenu de son prix et du fun qu’elle promettait, nous allions « gagner » ce petit jeu haut la main.

C’était sans compter sur Marie. Plus grande que Julie, la professeur des écoles (si je dis la maîtresse du groupe, c’est connoté) aux cheveux noirs en bataille vous fixe de ses grands yeux, et obtient sa réponse. Marie est tantôt joviale puis mélancolique, et passe de l’un à l’autre plus vite que le commun des mortels. Fine et robuste, c’est aussi une bonne sportive, qui décrochera par volonté plus vite que par épuisement. Et c’est une stratège à ne pas sous-estimer, généralement ma Némésis dans les jeux de table auxquels nous raffolons tous les quatre. Nous sommes régulièrement les plus purs opposés dans nos gouts, au cinéma et en littérature. On devrait peut-être même se jalouser pour l’attention de Julie, entre meilleure amie et parfait marri… Mais non, ça n’a jamais été le cas. On s’entend à merveille, tous les quatre (sauf, soyons francs, autour d’une carte, et lorsqu’on s’égare trop loin dans un débat politique). Sauf que nos deux amis sont comme nous, ils adorent gagner.

C’est eux qui prennent le premier tour, et devinent en quelque minutes notre objet mystère, que je m’empresse de sortir du sac. La caméra sportive passe de mains en mains, et franchement, c’est plein de promesses. Aucun des deux n’ayant deviné immédiatement, Julie et moi étions à présent bien curieux de découvrir ce qui se cachait dans leur valise. Sauf que voilà, au bout de dix, puis une vingtaine de questions, peau de balle. Impossible de trouver un quelconque indice utile. C’est petit, ça ne sert ni à la plage ni à la montagne. C’est plié, aussi. Puis, après une autre série, on découvre que ça ne prend pas vraiment de place, et que ça ne leur a pas couté grand-chose pour le moment. Je suis sur le point de baisser les bras (en toute honnêteté, je n’ai aucune idée) quand Julie affiche un sourire profond, demande un moment de délibération avant de proposer son idée. Et nous voilà seuls, elle rayonnante et moi, classique, avec un train de retard.

- Je pense que c’est un bébé » Elle me dit. Ah oui mais non, j’ai envie de répondre, parce que là ce n’est pas dans la valise, hein. C’est pas du jeu, finalement !
- Ben souris, quoi » Elle rajoute. Moi, j’étais dans le jeu. Comme d’habitude, je choisis mes priorités, et comme souvent, je rate des révélations. Evidemment, ils attendent un enfant. Quand je les vois revenir avec ce petit sourire en coin, je sais que Julie a raison. C’est que ça met longtemps à me monter au cerveau, cette histoire. D’un coup, nous sommes à les féliciter, et je passe presque en mode spectateur, dans une vue à la troisième personne, à me voir manger des sticks pour éviter de parler, parce que je ne sais tout simplement pas quoi dire.

C’est moi, John, le plus vieux de la bande, qui reste un peu figé, de l’air que l’on prend pour recevoir un cadeau que l’on a pas souhaité. Je souris à pleine dents, passe la main dans ma barbe drue, aussi noire que mes cheveux. Je devrais manger un peu moins, mais j’ai passé le mois de juillet à faire du sport pour pouvoir me lâcher en Irlande, aussi je ne fais pas trop attention. Si je n’ai pas la taille de Michel, j’ai la carrure bien plus robuste et musclée. Je passe deux fois plus de temps dans mes pensées que les autres, me semble-t-il, alors je compense avec un humour que je pense toujours percutant. Quant à l’esprit, je joue toujours à l’érudit et tente d’en apprendre le plus sur tout, avec le résultat notable de me faire oublier l’essentiel et retenir des détails idiots.

Evidemment, le temps que je sorte de ma léthargie, ils ont annoncé fièrement qu’ils gagnaient, avec leur bébé (il fait la taille d’un petit poids), contre notre GoPro.
J’ai accepté, soyons honnêtes, c’était pour être poli… Au moins j’avais l’espoir que notre objet mystère nous soit utile pendant le voyage. Parce que le leur, bon, à part empêcher Marie de boire, la rendre malade (c’est la grande appréhension) et la fatiguer, je ne vois pas trop ce que ça va nous apporter. De quoi ? Oui, après, évidemment. Décidément, il n’y a que moi dans ce groupe pour penser uniquement au moment présent !

Nous partons en ballade en ville, parce qu’il fait chaud chez nous, que le temps est d’un bleu rayonnant (ça s’annonce mitigé à Dublin) et que non, ce n’est toujours pas l’heure d’aller au restaurant. Evidemment, le sujet de conversation, ce n’est pas la caméra, on peut s’en douter. Mais bon peu à peu je rentre dans le jeu, parce que nous ne passons pas notre temps sur le sujet. On parle de la Thèse de Julie, de la ville, de meubles aux prix inaccessibles que l’on suit dans les vitrines. Et puis, posés dans le nouveau parc de la médiathèque, nous lançons le sujet du prénom. Ils ont leurs idées, évidemment, et ne veulent pas les partager, ce qui est compréhensible. Ca ne nous empêche pas avec ma femme de les tester sur quelques grands classiques, puis sur nos propres envies. Pas d’enfant, non, de prénoms éventuels. Comme souvent avec eux, les sujets les plus simples peuvent être développés en discussions infinies, que l’on étendra encore durant le repas.

Doucement, nous arrivons au Restaurant. Nous sommes sur une terrasse ombragée, à côté de l’eau calme du canal touristique, et les maisons à colombages du Colmar classique nous entourent. Un véritable trésor pour ceux qui voudraient découvrir la région… A priori pas pour nous quatre, qui avons passé nos vies entières entre la Cathédrale de Strasbourg et les Cités mulhousiennes. La carte est moins variée que dans mon souvenir du site internet, et l’on se rend compte un peu tard que les plats, très portés sur la viande, peuvent ne pas convenir à une femme enceinte. C’est qu’il va falloir faire attention ! Très vite pourtant, les heureux élus nous rassurent. Michel a scrupuleusement  épluché toutes les restrictions d’usages, et il y a assez peu débat sur ce que Marie peut ou ne peut pas manger. Au pays de la charcuterie, la voilà réduite à un assez drôle de régime.

Comme d’habitude au restaurant, je passe une partie appréciable de mon temps à regarder les tables alentours. Il y a la famille, parents et leur fille qui a amené son copain, qui a dû commander son repas à six heures et demie pour en être à ce stade de leur dégustation… A notre droite, un couple d’étrangers (peut-être des russes), qui picorent avant de vite quitter le restaurant. D’autres duos sont à côté, il y a largement de quoi observer en attendant nos plats. J’ai laissé Michel choisir le vin, et nos escalopes (Dieu quelle taille, elles emplissent les assiettes à elles seules) seront arrosées au pinot… Si aucun d’entre nous n’a fait mine d’avoir assez faim pour prendre une entrée, c’était pour mieux se ménager la carte des desserts ! Les filles font honneur avec leurs dames blanches hautes comme l’avant-bras, je craque pour une tranche de tarte aux prunes, et Michel prend de l’avance sur le voyage avec un Irish Coffee…

C’est aussi dans ce restaurant que nous démarrons les échanges d’honneur, c’est-à-dire les paiements de repas pour quatre. Afin de s’éviter d’avoir toujours à diviser les additions par deux, chaque couple va régler les repas à son tour, en essayant de répartir équitablement : ça aide, de partir avec ses meilleurs amis, parce qu’on se sent en confiance : nous sommes tous quatre en vacances, avons décidé que ce n’était pas le moment de rester proches du porte-monnaie.

Arrivés chez nous, nous n’allons pas passer de longue soirée comme à notre habitude (moi, je suis assez partant, mais je ne sais tout simplement pas être raisonnable), mais au contraire nous coucher tôt, après un dernier petit verre et sans même jouer (les jeux « courts » sont déjà dans les valises). Il faut dire que demain, l’heure recommandée c’est quatre heures. Et ça, ça va faire des dommages. Nous aurons bien le temps de profiter sur place tous ensemble.


C’est parti pour une courte nuit !